Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Rêveuse par nature... Le blog d'une flâneuse du quotidien en quête d'insolite et de poésie.

La Voyageuse sans Ticket

Une héroïne culottée

Jane Dieulafoy / Photo d'Eugène Pirou (1841-1909), domaine public

Jane Dieulafoy / Photo d'Eugène Pirou (1841-1909), domaine public

C'est tout à fait par hasard que je suis tombée sur un entrefilet mentionnant son nom comme celui d'une des premières femmes à avoir porté le pantalon. Plus pour m'amuser (et aussi parce qu'elle s'appelait Jane) que pour m'instruire, je suis partie à sa recherche et bien m'en a pris !  Archéologue, autrice, journaliste et photographe amatrice, Jane Dieulafoy, une fois sortie du couvent où elle fut éduquée, a vite délaissé les occupations habituelles des femmes de son époque. Voilà l'histoire d'une aventurière charismatique à souhait !

 

Une femme franc-tireur

Jane (Jeanne Magre de son vrai nom) naît le 29 juin 1851 à Toulouse dans une famille de commerçants drapiers plutôt aisés et grandit non loin de là dans le château familial de Langlade, à Pompertuzat. Elle a à peine dix-neuf ans lorsqu'elle épouse le 11 mai 1870 le polytechnicien, architecte et archéologue Marcel Dieulafoy qui est de sept ans son aîné. Très vite elle va montrer qu'elle a du caractère et se fiche éperdument des conventions de son temps. Deux mois après leur mariage son mari part pour la guerre en tant que capitaine du génie et elle n'hésite pas alors à endosser l'uniforme de franc-tireur pour pouvoir le suivre et combattre à ses côtés. Porter des vêtements d'homme deviendra d'ailleurs son signe distinctif et elle obtiendra même par la suite une "permission de travestissement" qui l'autorisera officiellement à porter pantalon. Bref, une femme culottée, dans tous les sens du terme.


Le contenu de cette autorisation de "travestissement" est tellement époustouflant que j'insère ici le lien pour plus ample lecture (et cela vaut le détour !) : Ordonnance du 16 Brumaire an IX (7 novembre 1800)


Grande voyageuse devant l'Éternel

Après la guerre Jane continuera donc à s'habiller en homme et accompagnera son mari en Perse pour deux expéditions au cours desquelles il entend trouver l'origine de l'architecture européenne et plus particulièrement de l'art gothique. Ils en ramèneront des découvertes archéologiques majeures comme la Frise des Lions et le Taureau de Suse pour que celles-ci soient exposées au Louvre, où d'ailleurs on inaugurera en octobre 1886 deux salles "Dieulafoy". Je vous le concède, aujourd'hui on appellerait cela sans aucun doute du pillage d'héritage culturel, mais il faut replacer les choses dans leur contexte historique. Au 19ième siècle les Européens partaient pour l'orient, ils venaient, voyaient et emportaient. À la différence de nombreux Européens cependant, Jane et Marcel Dieulafoy ne se préoccupent pas en priorité d'exotisme ou de la prise de clichés sensationnels devant des monuments célèbres. Ils n'hésiteront pas à aller au contact des populations locales, deviendront des précurseurs et ouvriront la voie à l'archéologie française en orient.

 

Un oubli impardonnable et incompréhensible

Comment se fait-il qu'une femme aussi intelligente, audacieuse et dont la vie fut manifestement passionnante soit ainsi tombée dans l'oubli ? De sa demeure toulousaine ou du château de Langlade il ne reste rien. Heureusement les époux Dieulafoy ont fait don de leur domicile parisien à la Croix Rouge ce qui nous permet aujourd'hui d'admirer au 12 rue Chardin (16e) leur bel hôtel particulier dont l'âme a été en grande partie conservée (sur décision testamentaire de Marcel). Dans le 13e à Paris on trouve une "Rue Dieulafoy" calme et discrète. L'espoir se fait jour, aurait-on finalement donné son nom à une voie de la capitale ? Eh bien non, malheureusement. Le parrain de la rue Dieulafoy est Georges Dieulafoy, le frère aîné de Marcel, médecin connu surtout pour ses travaux sur la pathologie digestive. Nous voilà bien loin d'Ispahan et du sillage de nos deux aventuriers !

La ville de Toulouse, dont Jane est originaire, lui a cependant consacré une exposition, réparant un peu par cela l'oubli impardonnable dans lequel elle est tombée :

Exposition de Toulouse à Persépolis, sur les traces des archéologues Jane et Marcel Dieulafoy

Je ne vais pas vous raconter sa vie en détail, d'autres l'ont déjà fait et mieux que je ne le pourrais (même s'il n'existe à ce jour que deux biographies) .
Si Jane a piqué votre curiosité je vous recommande chaudement la vidéo suivante, réalisée par l'une de ses biographes, Audrey Marty :

©A la recherche de Jane Dieulafoy par Audrey Marty

De même que ce court documentaire réalisé par le Louvre :

Sans oublier le lien vers la page Wikipedia de Jane : La vie et l'œuvre de Jane Dieulafoy, ainsi que vers un article détaillé et instructif du Journal Toulousain : Une Toulousaine hors du commun, article qui m'a d'ailleurs beaucoup inspirée et donné envie d'immortaliser à ma façon mon héroïne éponyme.

Une touche-à-tout moderne, engagée et douée


Marcel et Jane ont toute leur vie agit sur un parfait pied d'égalité, ce qui était pour l'époque d'une incroyable modernité. Jane mènera plusieurs carrières de front : archéologue, autrice (romans, nouvelles, journal de voyage), militante (elle militera entre autre pour l'admission des femmes dans l'armée), elle contribuera en 1904 à la création d'un prix littéraire (Prix de la revue La Vie heureuse), l'ancêtre du fameux Prix Femina.

Lire la biographie de cette femme exceptionnelle, c'est entendre siffler le vent de l'aventure à nos oreilles.

DarkmoonArt sur pixabay

DarkmoonArt sur pixabay

Allez, montons à bord de l'Orient-Express, et laissons-nous porter, sur les traces de Jane, par la magie de l'Orient !

 

Haut de page

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Livia 07/05/2021 15:38

Une découverte passionnante, merci, car je ne connaissais pas Jane Delafoy qui mérite pourtant d'être connue. Bonne journée

Jane 08/05/2021 16:12

Merci de tes commentaires Livia ! :)

Jane 08/05/2021 16:11

Oui, je trouve aussi qu'elle mériterait d'être mieux connue.