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Rêveuse par nature... Le blog d'une flâneuse du quotidien en quête d'insolite et de poésie.

La Voyageuse sans Ticket

Gentil coquelicot

©Jane

©Jane

J'aime toutes les fleurs. Mais il y en a tout de même que je préfère.
Hormis ma passion immodérée pour les roses anglaises (vous n'y couperez pas dans un post ultérieur ! 😉), les iris et les violettes, je nourris une affection emprunte de tendresse pour le coquelicot. Pour sa couleur incomparable (rouge ponceau qui est l'ancien nom du coquelicot), son apparente fragilité, son allure gracile et ses pétales qui, lorsqu'ils s'extirpent délicatement du bouton floral en train d'éclore, me rappellent les plis froissés d'une robe en soie.

Dans la rue voisine les coquelicots se sont mis cette année à pousser dans les interstices des trottoirs. Les habitants ont trouvé cela joli et ont laissé faire. Il va falloir rebaptiser la Rue du Paon (Pfauenstrasse) en Rue des Coquelicots (Klatschmohnstrasse) :

©Jane
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Seul ou en groupe, le coquelicot possède une beauté mélancolique qui ne laisse personne indifférent. Je crois d'ailleurs qu'en tant que motif pictural il tient la vedette loin devant la rose et le tournesol. Monet, Van Gogh ou Pierre Bonnard, pour ne citer que quelques artistes n'ont pas résisté à la tentation de l'immortaliser pour notre plus grand bonheur :

@Markus Baumeler sur pixabay (Les Coquelicots, Claude Monet, 1873)

@Markus Baumeler sur pixabay (Les Coquelicots, Claude Monet, 1873)

Intimidé par sa parenté avec le pavot, on hésite souvent à le consommer. Pourtant toutes ses parties aériennes sont comestibles. Ses graines ont un léger goût de noisette et ses pétales mettent du peps dans nos salades. De plus il est antitussif et possède des vertus apaisantes. Pour en savoir plus : le coquelicot sur Wikipedia.

Quand j'étais enfant et qu'avec mes parents nous flânions sur la braderie annuelle de notre petite ville du Nord, nous nous arrêtions toujours à l'étal du marchand de bonbons concassés. C'était un vieux monsieur à l'âge canonique et à l'attirail suranné. Ses sucreries faites maison se présentaient sous forme de blocs aux couleurs variées. On en achetait pour 100g, 200g ou plus. Alors il prenait un petit marteau et faisait éclater des morceaux qu'il glissait avec une petite pelle en inox dans un joli cône en papier. Les bonbons au coquelicot étaient d'un beau rouge vif à vous faire saliver. Ceux à l'angélique étaient d'un brun verdâtre peu engageant mais leur goût valait qu'on s'y arrêtât. Ces saveurs d'antan sont difficiles à décrire. Le goût des bonbons au coquelicot ou à l'angélique ne ressemble à rien de ce que j'ai pu manger par la suite. Comme l'a si bien dit Madame de Sévigné (à propos de l'angélique) : "Son bon goût ne rappelle rien dont on se souvienne et ne ressemble à aucun autre goût que le sien."
Mais c'était tout simplement délicieux !

Pour parachever ce retour en enfance, je vous propose d'écouter une petite chanson que nous avons probablement tous apprise en maternelle :

Miwiboo - Gentil coquelicot sur YouTube

Comme le coquelicot se fane sitôt cueilli, ayez pitié de cette fleur gracieuse et bénéfique et admirez la sur place.

Dans le langage des fleurs le coquelicot symbolise l'ardeur fragile de l'amour naissant ou la consolation.
Pour moi il est aussi indéfectiblement lié à ma patrie nordique. Enfant et toute jeune fille j'entreprenais souvent de longues balades à vélo avec mes amis de part et d'autre de la frontière belge. A la belle saison les champs qui bordaient ces routes étaient parsemés de coquelicots... et en tous temps jalonnés de cimetières militaires. En effet le coquelicot est aussi le symbole du sang versé par des millions d'hommes pour que moi, aujourd'hui, je puisse vivre libre et en temps de paix. Les pays du Commonwealth l'ont d'ailleurs choisi comme emblème des combattants tombés lors de la première guerre mondiale. Chaque année les britanniques portent un coquelicot de papier au revers de début novembre jusqu'au Remembrance Sunday (11 novembre ou plus tard si le 11 ne tombe pas un dimanche).

Qui l'eut cru ? Cette fleur fragile, sans prétention et à l'aura de légèreté s'illustre aussi au champ d'honneur à travers cette symbolique porteuse de mémoire et de dignité. La fragilité de la vie, la simplicité d'une fleur des champs, la couleur d'une goutte d'hémoglobine et le témoignage muet et pourtant éloquent de jeunes vies fauchées dans un conflit sanglant. Pensons-y lorsque la prochaine fois nous traverserons un champ parsemé de taches rouges ponceau ondulant sous le soleil. 

Michael Curran - Field of poppies

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M-A 17/07/2021 11:00

Je suis super fan des coquelicots aussi :)

le caractère éphémère de la fleur, sa délicatesse, m'ont toujours touchée... belle et gracile, rouge et gaie, elle n'en reste pas moins une des plus fragiles des fleurs (je n'en cueille plus, mais quand j'étais petite j'ai essayé d'en faire des petits bouquets, impossible de les ramener intacts)

je n'ai jamais goûté les bonbons au coquelicot, mais dans des cours d'herboristerie, j'ai lu que leur pétales peuvent être donnés en cas de troubles du sommeil chez l'enfant :)

Sinon, je me suis abonnée au blog, j'attendais patiemment des nouvelles, mais je n'ai rien reçu :(

je te fais des bises !

Jane 17/07/2021 14:58

Merci de ta fidélité M-A ! Pour les notifs c'est bizarre... Bon, c'est vrai que je ne poste pas grand chose en ce moment car il faut que j'avance sur mon manuscrit mais tu aurais dû au moins recevoir les notifs pour les derniers articles... Je ne sais pas trop comment cela fonctionne cela-dit. Maintenant que j'y pense, je reçois les notifs de certains blogs que j'ai abonnés et pour d'autre rien non plus. J'ignore comment y remédier... Mais cela me fait très plaisir que tu passes de temps à autres et aussi de lire tes commentaires. :)