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Rêveuse par nature... Le blog d'une flâneuse du quotidien en quête d'insolite et de poésie.

La Voyageuse sans Ticket

Ghost Stories

ghost fantôme ghoststories histoires fantastiques
©bellava-g sur unsplash

 

Je vous l'avais promis : voici une petite liste d'histoires fantastiques, avec ou sans fantômes. Comme je déteste les histoires trop "gore", vous n'avez rien à craindre !  Ces histoires vous feront tout au plus délicieusement frissonner ou vous plongeront dans un léger malaise. Assez pour se mettre dans l'ambiance d'Halloween mais sans risque de cauchemars à la clef. 😅

Commençons par un classique du genre :

Charles Dickens Best ghost stories
©Jane

 

[Best Ghost stories, Wordsworth Classics : 1. The Queer Chair, 2. A Madman's Manuscript, 3. The Goblin who Stole a Sexton, 4. The Ghost of the Mail, 5. The Baron of Grogzwig, 6. A Christmas Carol, 7. The Haunted Man and the Ghost's Bargain, 8. To be Read at Dusk, 9. The Ghost in the Bride's Chamber]


Comme beaucoup de ses contemporains Charles Dickens a toujours eu une prédilection pour les histoires fantastiques et en particulier les histoires de fantômes. Il en parsème ses livres (par exemple dans Les Papiers posthumes du Pickwick Club il inclue pas moins de cinq histoires de revenants !) Dans ce recueil de ses meilleures histoires de fantômes on retrouve bien sûr la plus connue, Un Chant de Noël, dont le "héros" Ebenezer Scrooge s'est inscrit dans l'imaginaire collectif littéraire mondial. Ce conte, que je serais tentée de qualifier de philosophique, est en fait un mini roman d'apprentissage (mini par son volume puisqu'il fait environ 75 pages) dont l'intérêt réside en ceci que Scrooge en est à la fois le protagoniste et l'antagoniste, étant lui-même son pire ennemi. C'est d'ailleurs en lui-même qu'il puisera les éléments nécessaires à sa conversion de vieux grigou en homme délivré de ses propres démons et reconnecté avec la meilleure part de son âme.

A côté d'Un Chant de Noël le recueil regroupe onze autres histoires, entre autres le Fauteuil hanté, le Manuscrit d'un fou, l'Histoire du sacristain emporté par les Gobelins, Le Baron de Grogzwig, À lire au crépuscule ou Le Locataire et le Fantôme.

Parfois fort inquiétants, parfois comiques (comme le génie du désespoir et du suicide dans Le Baron de Grogzwig) les esprits qui hantent ces contes nous transportent allégrement dans la plus pure ambiance "halloweenienne".

Théophile Gautier Contes  récits fantastiques
©Jane

 

[Récits fantastiques, Garnier Flammarion : 1. La cafetière, 2. Onuphrius, 3. Omphale, 4. La morte amoureuse, 5. La pipe d'opium, 6. Le chevalier double, 7. Le pied de momie, 8. Deux acteurs pour un rôle, 9. Le Club des Hachichins, 10. Arria Marcella, 11. Avatar, 12. Jettatura]

Contemporain de Charles Dickens, Théophile Gautier a lui aussi partagé cette prédilection pour le fantastique. Avec son aisance habituelle ainsi que l'élégance de sa plume il nous livre dans ce recueil douze récits sous la légèreté desquels court la hantise du temps et de la mort. Ah, le magnétisme du regard ! Quels pouvoirs, quelle puissance surnaturelle il recèle ! Clarimonde dans La morte amoureuse charme Romuald par la phosphorescence de ses prunelles. De même retrouvons-nous cette force surnaturelle et maléfique du regard dans Le Chevalier double, Avatar ou encore, tout particulièrement, Jettatura. Douze contes pour le moins envoûtants et parmi lesquels j'ai particulièrement apprécié le charme désuet et émouvant de La Cafetière. Ce conte m'a rappelé une histoire qu'enfant j'aimais beaucoup, celle de la bergère et du ramoneur. C'est fragile la porcelaine, fragile et mystérieux...

Henry James La redevance du fantôme récit fantastique
©Jane

 

[La redevance du fantôme, Livre de Poche biblio : 1. La Redevance du fantôme, 2. La vie privée, 3. Les amis des amis]
Autre maître du fantastique mais dans un registre plus "dérangeant" en ce sens qu'il est moins évident et laisse planer le doute : ce dont les protagonistes font l'expérience est-il réel ou bien dû à leur imagination ? Henry James dans ses nouvelles fantastiques fait carrément entrer le surnaturel dans le quotidien et l'intimité pour le rendre plus accessible et plus tangible encore. Dans une ronde savamment menée ils nous entraîne imperceptiblement dans sa "vision" des choses, tisse un réseau de liens intimes, fait naître une communication psychique qui nous envoûte et nous laisse sans repères. L'ambiguïté n'est jamais levée et le doute s'insinue en nous comme un allié précieux de l'élément surnaturel. Cette économie de moyens spectaculaires dans la représentation du fantastique a à mon avis un effet glaçant.

Henry James Le tour d'écrou the turn of the screw fantastique fantômes
©Jane

 

Plus dérangeant encore : le surnaturel en version roman. Un roman assez court (165 pages dans l'édition anglaise de Pan McMillan, un peu moins de 180 pages dans la traduction française de la Bibliothèque Marabout) mais un roman tout de même, né lui aussi sous la plume de Henry James. Le Tour d'écrou est l'illustration parfaite de cette ambiguïté omniprésente et jamais résolue. Ici le banal devient terrifiant. Le cadre est vite posé : une demeure isolée, deux jeunes enfants plus ou moins livrés à eux-mêmes et une gouvernante qui aimerait briller aux yeux de son employeur, l'oncle et tuteur des deux orphelins. Comme le dit si bien Edmond Jaloux dans sa préface de 1929 : "Il semble que tous les personnages de Henry James aient quelque chose de spectral. (...) Ce sont des projections de l'esprit sur d'autres projections de l'esprit, et il y a dans leurs passions, même les plus ardentes, quelque chose de glacé et d'étrange, parfois même d'inhumain, qui tout à coup nous fait souvenir que Henry James, après tout a été le compatriote d'Edgar Poe."

On ne saura pas le fin mot de l'histoire. Ces deux enfants blonds au regard candide et à l'aspect angélique sont-ils des monstres ou des victimes ? Et si victimes, victimes de qui ? D'un spectre dépravé ou bien de l'imagination maladive de leur chaperon ? Leur gouvernante est-elle particulièrement lucide ou "hystérique" (souvenons-nous qu'à cette époque l'hystérie était la maladie féminine "à la mode") ? A nous lecteur de nous forger notre propre opinion. Et au fond, c'est peut-être cela le plus angoissant : ne pas pouvoir vraiment démêler le fantastique du réel. Ce livre que j'ai dévoré par deux fois en y découvrant à chaque lecture d'autres éléments et d'autres pistes, foisonne d'axes de lecture possibles et m'a laissé au final un sentiment de malaise qui ne s'est jamais totalement dissipé. C'est délicieusement dérangeant si je puis dire et le lecteur moderne y trouve tout autant son compte que les contemporains de Henry James, comme si ce livre avait la faculté de s'insinuer dans la psyché humaine pour y évoluer en fonction des époques.

Le portrait de Jennie amour fantôme robert nathan
©Jane

 

Restons dans le format roman et penchons-nous sur Le portrait de Jennie de Robert Nathan. Un soir d'hiver Eben Adams, jeune peintre ignoré, croise une petite fille solitaire aux vêtements démodés qui joue à la marelle. Il n'apprend que son nom mais sait aussitôt qu'il lui faut peindre ce visage d'enfant. Lorsqu'ils se séparent après cette première rencontre, Jennie formule un vœu :  "Je voudrais que vous attendiez que je grandisse. Mais j'ai peur que vous ne le fassiez pas !"

Jennie décide donc de grandir le plus vite possible, afin de rendre réalisable leur amour. A chaque nouvelle rencontre elle se métamorphose pour arriver au plus vite à la jeune fille qu'Eben pourra aimer. Évidemment c'est une histoire triste, mais c'est aussi, surtout, l'histoire d'un amour fou. Entraîné jusqu'au vertige dans ce jeu de l'Amour et du Temps, Eben Adams achèvera-t-il jamais le portrait de Jennie ?

Dans ce roman le fantôme a perdu tous les attributs qui sont les siens habituellement, il ne fait pas peur, il suscite même l'amour et devient palpable, même si "il ne pèse rien". C'est l'histoire poignante d'une vie et d'un amour vécus "après coup" et comme arrachés aux griffes de la mort qui finira quand même par avoir le dernier mot, et dans laquelle le temps cesse de progresser linéairement. Comme le constate Jennie : "C'est curieux mais parfois on connaît les choses sans les avoir jamais vues. Comme si on devait les voir un jour, et qu'à cause de cela on se souvienne de leur aspect." C'est une phrase étrange et pourtant je jurerais que j'ai déjà vécu cela. Ah, oui, c'est vrai, moi aussi je voyage dans le temps. Je rêve d'endroits que je visite ensuite dans le futur. Peut-être est-ce pour cela que j'ai été si sensible à la poésie délicate et désespérée de ce roman.

Jean-François Parot fantôme rue royale
©Jane

 

Pour terminer cette liste, bien entendu non exhaustive car les récits de fantômes sont légions, je voudrais vous parler du troisième tome d'une série chère à mon cœur de lectrice "Les aventures de Nicolas Le Floch" de Jean-François Parot. Dans ce troisième volet qui a pour titre Le fantôme de la rue royale, l'intrigue policière se teinte de surnaturel et met en scène une jeune servante possédée et délivrée de ses démons au cours d'une séance d'exorcisme impressionnante. Le témoin de la scène n'est autre que notre commissaire en titre, réputé sceptique mais dont l'âme bretonne flirte souvent avec le merveilleux ou le surnaturel. Et nous, lecteur.ice.s, nous retrouvons dans ses bottes, tiraillés comme lui entre notre savoir scientifique et les manifestations tangibles de phénomènes dépassant notre entendement.  De manière plus large, si vous aimez les séries historiques, je vous recommande chaudement les quatorze volumes des aventures de Nicolas Le Floch, commissaire au Châtelet et fils naturel d'un noble de haute lignée. Ces livres sont merveilleusement bien documentés et nous plongent dans la France de Louis XV puis de son petit-fils, le tristement célèbre Louis XVI, dont nous ne verrons pas la fin sinistre puisque malheureusement l'auteur est décédé avant d'avoir pu nous narrer la suite de l'épopée policière et sentimentale de son héros. Nous laisserons donc Nicolas au seuil d'une des périodes les plus troublées de l'histoire de France. La révolution gronde déjà dans les derniers tomes, l'horreur de son déchaînement pendant la Terreur nous restera cependant épargnée. La série n'en mérite pas moins d'être lue. On y apprend beaucoup sans jamais s'ennuyer et on y côtoie l'un des héros littéraires les plus humains et les plus sympathiques que j'aie jamais rencontrés. Donc si vous aimez les histoires d'exorcisme, Le fantôme de la rue royale a tout pour vous plaire et vous plonger dans la perplexité car, à ce qu'il paraîtrait, cet épisode d'exorcisme reposerait sur des faits réels et avérés...

J'espère que ces quelques pistes de lecture vous plairont et vous aideront à vous immerger dans l'ambiance de cette période particulière de l'année.

Peu importe son âge ou l'époque à laquelle il vit, l'être humain aime les histoires. Surtout celles qui font peur ou le font basculer dans l'inexplicable ou l'irrationnel. La superstition n'est peut-être qu'un désir inné du mystère après tout...

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P
Bonjour,
Merci pour cet article très complet! J'avoue ne pas aimer plus que ça, les histoires de fantômes, mais certaines valent le coup!
Bises blanches
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J
Merci de ta visite Pierrette !